Rafael Moura au FC Lorient, c’est l’histoire cruellement banale d’un joueur brésilien moyen, débarquant dans un club de Ligue 1 moyen, sans que son entraîneur moyen ne soit convaincu de ses compétences.
Malgré l’optimisme toujours exacerbé que l’on connaît des supporters, les Lorientais sentaient bien que l’arrivée de ce solide et technique attaquant de 24 ans en provenance de Fluminense flairait le coup fumant. D’autant que les modalités de son transfert (prêt d’un an avec option d’achat d’un joueur non acclimaté au football européen) laissaient présager d’avance à un fiasco tristinhesque propre à notre Ligue 1 Orange ©.
L’histoire de Rafael Moura au FC Lorient débute donc comme bon nombre de celle de ses concitoyens brésiliens au pays de Voltaire, par le traditionnel retard d’envoi de cette fichue lettre de sortie nécessaire à sa qualification. Un retard de plusieurs semaines qui profite, comme toujours, au jeune attaquant sans pression de s’imposer en lieu et place de notre recrue exotique. Dans le rôle du jeune buteur insouciant, Frédéric Nimani, qui devient vite l’alternative à Saïfi et Vahirua sur le devant de l’attaque pendant que Moura ronge son frein en tribune.
La lettre arrive enfin, l’hiver tant redouté par nos amis cariocas aussi. Moura tarde à être qualifié avec le groupe pro par Christian Gourcuff. « Hors de forme » lâche-t-on comme une évidence. Quelques bouts de matches en réserve (et deux buts inscrits contre Quimper et Brest) plus tard, notre homme, dont la barrière de la langue et l’adaptation au climat français (avec option breton) empêche la bonne forme, enchaîne les petits pépins physiques. La saison passe et Moura reste bloqué à deux maigres apparitions et douze minutes de jeu en championnat. Douze petites minutes à la fin de matches déjà pliés qui suffisent à l’ultra technico-tactique entraîneur merlu Christian Gourcuff de se faire une idée ferme et définitive sur son niveau.
Pourtant, du côté des supporters lorientais on ne décolère pas. L’image du Brésilien fêtard, en retard à l’entraînement et à l’hygiène de vie douteuse est dans toutes les têtes, mais pas celle de Rafael Moura. Bien qu’aimant flamber au volant de voitures italiennes ou allemandes, le joueur est irréprochable, tant à l’entrainement que par son implication sportive et par son discours. Moura aurait mérité d’avoir sa chance. Un manque de respect total de l’entraîneur merlu. « Je n’ai rien contre lui mais dans le contexte actuel, ce n’est pas lui qui peut nous apporter de la vitesse » s’est défendu Gourcuff, assurant à sa recrue que sa chance viendrait une fois le maintien du club Merlu acquis. Il n’en sera rien.
Comme à l’accoutumé, Moura, le joueur brésilien estampillé Tristinho avant même de poser le pied sur le territoire national, quitte la Ligue 1 dans le plus simple anonymat et rentre au bled, sans faire de vagues.